Galeristes

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Anne Martin-Fugier

La vie d’un collectionneur est faite de rencontres, de coups de foudre mais aussi de cheminements plus mystérieux vers une œuvre. Et, pour cheminer, rien de mieux que d’être accompagné par un galeriste. J’ai vécu avec Jean Brolly un compagnonnage de ce genre.

J’ai découvert Daniel Schlier lors de sa première exposition en 2006 à la galerie Brolly. J’étais très mal à l’aise avec sa peinture, je détestais ses personnages tout morcelés avec une tête d’animal surgissant ici ou là mais je n’ai rien osé dire, j’ai écouté Jean me parler de l’artiste tout en pensant « Jamais pour moi ! ». Les années suivantes, Jean montra Schlier avec constance : il y eut les fixés sous verre, les profils inquiétants, les nez sortant d’un masque noir, il y eut aussi cet être distordu qui mesurait l’écart entre la corne et l’oreille d’un rhinocéros, il y eut encore le taureau à tête violette portant un heaume sur son dos et le chevalier multicolore tenant un moteur sur fond doré. Je voyais de moins en moins le côté déplaisant, de plus en plus le côté énigmatique, j’étais fascinée. Et quand Daniel Schlier exposa « Faire germer les pierres », j’ai trouvé mon tableau.

Merci à Jean Brolly –et à Jean-Paul Robin, avec lequel j’ai partagé tant de conversations depuis la galerie Durand-Dessert- d’avoir permis que les peintures de Schlier germent pour moi.