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Ils sont Galeristes

Informations

La galerie est ouverte
du mardi au samedi, de 11h à 19h

47, rue de Seine
Fr – 75006 Paris

Portrait par Sabrina Silamo

Hier, lieu de rendez-vous du tout-Paris comme du tout-Hollywood, la galerie de la rue de Seine, inaugurée en 1955, n'est pas un mausolée. Transmise de génération en génération, elle défend aujourd'hui les légendes qui ont fait sa renommée, de Ben à Raymond Hains, sans oublier les artistes émergents.

 

Une histoire de famille

Paris, 1955. Lara Vincy ouvre sa galerie au c?ur de Saint-Germain-des-Prés, à l'angle des rues Jacques Callot et de Seine. Conseillé par le peintre Baram elle expose Sayed Haider Raza, Akira Kito et Wostlan, mais aussi René Aillaud, qui finira par abandonner le pinceau pour la caméra. Tous juste sortis de l'Ecole des Beaux Arts, Raza et Kito, originaires d'Inde et du japon, côtoient Wostlan, le Polonais, rescapé des camps de la Seconde Guerre mondiale. Lara Vincy a trouvé ses marques : sa galerie sera atypique et cosmopolite.

 

Les Nouveaux Réalistes

Lorsque Liliane Vincy succède à sa mère en 1970, la galerie prend un nouveau départ. Avec Pierre Restany, illustre fondateur des Nouveaux Réalistes, elle organise notamment L' « Inter Etrennes », une tombola dont les lots sont des multiples composés de dix ?uvres. Pour y participer il suffit d'acheter un billet. Son coût ? Un franc. Cette somme symbolique permet aux gagnants d'emporter dix petites compressions de César, dix petits pots en plastique de Reynaud? Le soir venu, Restany tourne la roue (dont Youri Vinci ne s'est jamais séparée), et le succès est tel qu'une émeute éclate devant la galerie nécessitant l'intervention de la police.

 

Ici, on vend des idées

Le discours radical de Raymond Hains détermine la vision de l'art de Liliane Vincy. Sous son influence, la galerie accueille des artistes portés par « l'humour et l'ironie, les jeux de mots et la dérive des sens ». Quarante-quatre ans plus tard, l'esprit du plasticien, devenu célèbre en lacérant des affiches avec Jacques Villeglé, plane encore entre ces murs : « Ici on vend des idées », proclame Youri Vinci, maître des lieux depuis 2015 (année du décès de sa mère). Seul dépositaire de cette aventure artistique, il revendique ce mélange de poésie visuelle et de performance qui constitue l'ADN de la galerie. « Les artistes qui travaillaient avec ma mère sont pour la plupart bien vivants et toujours en activité ». Le monde a changé, mais je continue à privilégier l'amitié et le processus de création à l'argent.

 

Un dialogue intergenérationnel

Youri Vinci, ex-punk devenu artiste puis transporteur d'?uvres d'art pour les musées et installateur d'exposition au Centre Pompidou, a fini par rejoint l'entreprise familiale en l'an 2000. Désormais, au rythme de quatre expositions et trois accrochages par an, il mêle habilement les figures historiques aux artistes émergents. Ainsi Ben, l'un des derniers membres de Fluxus, ou Gil Joseph Wolman, l'inventeur de l'art scotch (également co-fondateur avec Guy Debord de l'Internationale lettriste) partagent les cimaises avec la jeune trentenaire Léa le Bricomte. Un dialogue intergénérationnel que Youri Vincy défend dans de nombreuses foires telles Drawing Now, YIA artfair #04 ou Slick Art Fair Brussels, tout en affirmant : « Quand on aime l'art, on est un mauvais galeriste, affirme Youri Vinci. Les ?uvres qui me tiennent à c?ur, je suis incapable de les vendre ».

 

Soixantenaire et toujours jeune

Située à la croisée de plusieurs méridiens, selon les calculs de la mère d'Akira Kito, la galerie reste à 62 ans chargée d'énergie positive. Son histoire est émaillée de souvenirs parfois dramatiques (l'incendie de 1996) et plus souvent cocasses comme lorsqu'Antony Perkins acheta des ?uvres de Reza, sous l'?il imperturbable de Lara Vincy qui n'avait pas reconnu l'acteur, ou lorsqu'Orson Welles, au physique imposant, resta coincé dans la porte d'entrée. Cette mémoire, Youri Vinci, seul salarié de cet espace mythique et sans enfant, aimerait la transmettre. Mais, perplexe, il ajoute : « C'est tellement lourd que même si j'ai un enfant, il ne voudra pas de cet héritage ».

Expositions

Ben, La chambre du philosophe, décembre 2002, janvier 2003. Archives galerie Lara Vincy, Paris. Photo : © Daniel Pype
Jean-Luc Parant, Bibliothèque idéale, mars-avril 2006. Archives galerie Lara Vincy, Paris. Photo : © Clovis Prévost