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Ils sont Galeristes

Informations

La galerie est ouverte
du mercredi au vendredi, de 14h à 19h
et le samedi, de 11h à 19h

28, rue de Thionville
Fr – 75019 Paris

Portrait par Romain Semeteys

Entre minéral et végétal, du canal de l'Ourq au parc des Buttes Chaumont. Un terrain délaissé où la nature reprend ses droits au milieu d'interventions artistiques et de happenings. Non, nous ne sommes pas dans un rassemblement vegan ou écolo mais bien dans une annexe du projet Salle Principale. Une galerie où la vision d'ensemble et une certaine mise en scène permettent d'amorcer des réflexions et des analyses critiques.

Pour comprendre le projet de Maryline Brustolin, impossible de ne pas évoquer le parcours antérieur de l'intéressée qui co-fonda et co-dirigea pendant douze ansle projet FR 66, magasin, maison d'édition et ensemblier proposant, dans un magasin proche du Centre Pompidou, une sélection de mobiliers d'auteurs accompagnée d'équipements de « second ?uvre », matériaux, quincaillerie et fournitures diverses. Le concept est soigné, une prise de position s'affirme. Une conception d'ensemble et un rapport au collectif qui posent les bases d'une vision que n'aura de cesse de suivre Maryline Brustolin.

 

Transparence et écosystème

C'est au pied d'un immeuble conçu par l'agence Lacaton et Vassal, dont Maryline Brustolin partage l'approche et certains engagements, que la galerie ouvre ses portes en septembre 2014. Un bâtiment entièrement vitré et une architecture ultra-contemporaine qui interpellent la galeriste pour qui ce côté « neuf » et cette ouverture vers l'extérieur sont des atouts singuliers qui font la différence. A l'encontre de la galerie traditionnelle de « fond de cour », Maryline Brustolin préfère ainsi s'installer dans le XIXe arrondissement de Paris non loin du canal de l'Ourq, dans un périmètre où il n'y a d'ailleurs pas d'autres galeries. Précurseur ? Il y'a en tous cas une volonté assumée de s'extraire du centre de Paris, de casser les codes attendus du métier. Un nouveau parti pris fort, voir radical, qui place l'endroit un peu à part sur la scène Parisienne.

C'est en rentrant dans l'espace que l'on prend pleinement conscience de la singularité de la galerie. Inspiré de l'univers théâtral, un ensemble modulable en bois structure l'architecture, qui s'adapte au gré des projets et des envies. Ces cloisons, à la forte présence, découpent ainsi l'espace privé ? les réserves et le bureau ? de l'espace d'exposition. Conçu comme une lecture en plusieurs strates, l'aménagement est subtil, élégant. Qu'il s'agisse d'améliorer l'acoustique avec des matériaux de recyclages plaqués aux murs ou de laisser tomber les luminaires de néons à la verticale, c'est une véritable scénographie, intelligemment pensée et sciemment orchestrée, qui accueille le visiteur. La galerie devient avant tout un espace physique utile qui apporte des réponses à des problématiques bien précises. L'architecture intérieure s'adaptant aux artistes et aux envies de chaque exposition, et non l'inverse.

 

Une salle principale

Conçu comme le centre névralgique d'un ensemble plus large fait d'idées, d'interventions et d'expériences, l'espace de la galerie est appréhendé comme un point de convergence. Cette salle fixe propice aux expérimentations concentre les fondamentaux et la philosophie que souhaite développer la galerie dans son écosystème. Comme ce terrain délaissé, à seulement quelques mètres du bâtiment, que Maryline Brustolin loue désormais officiellement à la mairie pour des projets dans la continuité de sa démarche.

Une parcelle autrefois en friche où la végétation est en parfaite symbiose avec les propositions artistiques impulsées par la galerie, qui donnent aux riverains une agréable expérience contemplative. Revoir ce qui est tout proche de nous, apprendre à apprécier de petites choses du quotidien, que nous ne voyons plus; un engagement de tous les jours. D'ailleurs ll y a tant de choses à faire ici en France, pourquoi vouloir aller à l'autre bout du monde ? Aller vers l'extérieur, se confronter à la ville, défendre des points de vue...tout cela semble possible pour Maryline Brustolin, ici même, à Paris.

 

Pensée, contexte

Sensible à l'environnement qui nous entoure, Maryline Brustolin attache une importance particulière à présenter des ?uvres qui décortiquent les rouages de notre société, ses modes de représentation dans un contexte donné. Des artistes qui interviennent, activistes ou non, pour faire passer des messages et montrer à voir des choses qui nous entourent.

L'analyse et l'engagement sont ainsi au centre de la programmation, le tissu urbain en devient le levier, un réceptacle propice à la réflexion. Parfois la galerie présente ainsi des cheminements de pensées, des archives, de traces de production. Un parti pris en dehors de toute logique centrée sur un art purement mercantile. Les artistes représentés par Salle Principale ne sont d'ailleurs pas clairement identifiés aux yeux du public, mais sont pourtant considérés comme incontournables au sein de l'art contemporain, comme l'artiste autrichien Lois Weinberger, ou issus de pratiques tangentes comme Patrick Bouchain. Et c'est ce qui rend ce métier si beau aux yeux de la galeriste, qui accompagne des personnalités en lesquelles elle croit et avec qui elle partage des convictions. Ses choix sont assumés, réfléchis, conceptualisés. Ils s'intégreront toujours dans une réflexion globale, ne seront jamais secondaires.