Galeristes

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Ils sont Galeristes

Informations

La galerie est ouverte
du mardi au samedi, de 11h à 19h

70, rue des Gravilliers
Fr – 75003 Paris

Portrait par Alexis Jakubowicz

Sur elle.

Jeudi 22 octobre 2015, il est 16h26. Je suis au Grand Palais sous le ciel bas et lourd du début de l'automne. Comme tous les ans, la Fiac en son paratonnerre fait commerce des coups de foudre. Ni galeriste, ni collectionneur, je reçois pour seul éclair un message sur Facebook :

 

- Bonjour Alexis, j'ai votre carte d'identité au commissariat général de la Fiac. Vous pouvez passer la récupérer quand vous voulez.

- Où avais-je la tête ? Mille mercis, où est le commissariat ?

- Je vous la rapporte en bas de l'escalier d'honneur dans 5 minutes près du stand d'Applicat-Prazan si ça vous va. J'ai un pantalon avec des motifs multicolores.

- Oui, à tout de suite. Merci, vraiment.

Les points de suspension s'effacent et je sors de ma bulle pour me poster bientôt au lieu du rendez-vous. Qui donc est l'aimable « Charlotte » qui me ravit avec un soulagement certain à la brigade des objets trouvés ? C'est Charlotte Trivini, et je l'apprends à l'instant même, elle ne m'a pas contacté tout à fait par hasard : nous sommes amis sur Facebook ? où nous avons d'ailleurs 74 « mutual friends ». Le temps de la voir arriver, j'affiche sa photo de profil à l'écran pour mieux repérer sa trombine dans la foule. La voici, la voilà ; une voie grave, un sourire et merci. Elle repart en coulisse. Béat de sa B.A, j'écrirai le soir même, à 18h41 : 

- Merci encore Charlotte. A bientôt.

Et elle de me répondre, la bonne aventure :

- Rien n'est un hasard, alors probablement !

 

Sur lui.

Un an exactement après cette rencontre superficielle un brin superstitieuse nous reprenons, à l'occasion du salon Galeristes, le fil de notre conversation. Dans cette ellipse, Charlotte aura quitté la Fiac où elle ?uvrait aux relations avec les exposants pour ouvrir sa galerie avec un grand bonhomme qui pose à ses côtés dans la rubrique « mondanités » de saywho.fr.

Bis repetita placent. Nous prenons rendez-vous sur Facebook au début de l'automne. Cette fois le ciel est encore haut et le Marais en fleur ? ou plutôt en citrouille. Je crois que c'est Halloween. A quelques devantures de la Galerie pact, des magasins de gros ont tissé en vitrine des toiles de coton pour des araignées de cotillon. En cette saison, la rue des Gravilliers, sise entre Temple et Turbigo, masque tant les effets du soleil que les néons des magasins l'éclairent en plein jour comme si c'était la nuit. Autour du numéro 70, parole de rapporteur (et j'exagère à peine), ce phénomène est tellement dense qu'on se croirait perdu dans L' Empire des lumières. Charlotte est là bien sûr, « salut », « salut » et on s'embrasse comme si nous nous étions quittés la veille. Elle me présente à Pierre, le grand type des photos. D'abord, il ne dit rien, ou très peu. Il s'efface ? c'est une prouesse, dans les rires de Charlotte qui entame une présentation pour visiteur pressé. L'adresse ? un coup de chance. L'ancien grossiste chinois avait couvert les moulures avec un faux-plafond qu'ils ont vite fait sauter. Le projet ? S'amuser, montrer l'art qui leur plait, des artistes jamais ou peu vendus en France. Les minutes passent et doucement Doucède s'installe dans la conversation. Nous quittons la galerie, pénétrons dans la cour, grimpons des marches au bois jusqu'au bureau. Ils y ont casé là une bibliothèque, un salon, un storage ; peut-être même une cuisine, une salle d'eau, un jardin, un musée, un vaste territoire passé sous les radars du prix de l'immobilier. Pierre-Arnaud y déploie tout son coffre et le voici lancé dans une présentation pour visiteur zélé sur le travail d'Ethan Greenbaum. Nous irons boire le reste de ses paroles au déjeuner.

Sûrs d'eux.

Attablés sur un disque de verre, Charlotte et moi, juste à la bonne hauteur ; Pierre-Antoine a les genoux repliés sous la table. Le tabouret n'a sous lui pas plus d'effet qu'un vulgaire coussin. C'est un drôle de tandem, me dis-je en croquant mes carottes, qui mène une bien belle parade. Elle, affable, rieuse mais grave ; lui, la malice plantée au coin des yeux, une science certaine et la langue piquante. Bientôt le rendez-vous forcé perd ses obligations. Charlotte évoque la réaction de son père pharmacien lorsqu'elle a quitté la robe d'avocate pour travailler dans l'art : « Tu n'as jamais aimé les pentes douces, ma fille ». Et lui de renchérir sans sourciller, pour planter le clou au mythe des vocations, sur l'école d'art bidon où il a fait ses classes. Il évoque son parcours, ses rencontres, son réseau où ne sonne aucun nom familier, et puis son heureuse rencontre avec Charlotte, par un ami commun ? un vrai, on le suppose. Ils ne diront pas comment, exactement, s'est nouée leur affaire. Tous deux ont mis les pieds un temps chez Artcurial. Elle en est ressortie pour la Fiac, il y a gagné ses galons d'advisor. On cite Paris, New York, Los Angeles, Hong-Kong avec un air convenu? Et puis en 2015 la contingence leur impose l'évidence : Pierre-Antoine plus Charlotte Trivini, PA, CT, c'est un pacte pardi. Ils se font l'accolade et se lancent sans rien d'autre à poser sur la table et aux murs que leur tempérament. Chez eux, l'art dévie de sa course pour aller toper là, là et là tout ce qui peut le rendre plus intéressant que l'art. Chacune de leur exposition met en jeu des collaborations ; les artistes n'y viennent jamais seuls mais passent à leur tour un marché avec un autre artiste, un danseur, un chercheur, un réalisateur, un mathématicien. Ainsi de la curieuse essence de la Galerie pact, dont la seule convention expresse et immuable est de faire fi, précisément, de ce qui est convenu.