Galeristes

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Ils sont Galeristes

Informations

La galerie est ouverte
du mardi au samedi, de 10h à 12h
et de 14h à 19h ou sur rendez-vous

40, rue Voltaire et 80, rue Royale
Fr – 59000 Lille

Portrait par Marc Beyney-Sonier

Galerie Provost-Hacker

Il faut être honnête, la rencontre avec Emmanuel Provost, c'était comme retrouver un bon copain, même sans se connaître. Son parcours ne le prédestinait pas à devenir galeriste. C'est d'ailleurs le genre de personne qui n'est pas dans la projection mais dans l'instant, la célébration du moment. Il dort peu, « trois voire quatre heures par nuit » étant « addict aux activités ».

Ses deux parents essayent d'induire son avenir, l'un le voyant ingénieur automobile, l'autre « violoniste virtuose ». Il devient assureur. Ce job le pousse à une récurrence de passages à Paris. Il y vivra d'ailleurs une dizaine d'années, il y rencontre sa femme, qui affectionne l'art, comme lui. Sujet tabou entre sa femme et lui : ils n'achètent pas à deux. Il achète, seul, sans demander aucun avis et impose donc chez lui sa vision, ses œuvres, « mais je reste flexible si l'œuvre ne plaît pas (rires) ».

Mais le « déclic » de son amour pour l'art, c'est à Jean Messagier qu'il le doit, un artiste très présent dans l'est de la France, à Montbéliard, dans les années 1990. Alors âgé de 20-25 ans, plutôt que de partir en vacances, Emmanuel Provost démarre une collection. « C'était un immense tableau que personne ne voulait, à 6000 francs, c'était un achat-passion, qui correspondait à mon éveil ».

Il est devenu collectionneur petit à petit, avec la maturité. Commencer une collection doit être quelque chose de spontané. Instinctif pur, il fait confiance à son œil et à son instinct. « D'ailleurs un collectionneur fait un tas de conneries et se trompe parfois. Petit à petit, l'?il et le jugement se font ». Il a essayé de découvrir des directions comme le street art. À la question de la différence entre art urbain et street art, il estime qu'on « peut donner le nom qu'on veut, mais à la base c'est une intervention dans l'espace urbain ». Il cite pour exemple Mathieu Roquigny qu'il a découvert à Montrouge, « il fait de la street food, du détournement de caca de chiens dans la rue ». Emmanuel l'aime bien.

Deux personnes ont marqué sa vie, sa vie de futur galeriste. Jeunes, ses parents avaient un ami collectionneur, chez qui il allait dénicher toutes les nouvelles acquisitions, comme une quête fascinante. Et, plus tard, le commissaire-priseur Pierre Cornette de Saint Cyr, dont il se « foutait de ce qu'il vendait » mais adorait la relation qu'il établissait entre l'art, le public, l'artiste et l'argent.

2010. Sa priorité est de s'assurer un bon revenu pour continuer à collectionner, modérément et passionnément. Il a 40 ans, et un de ses amis, François Hacker, collectionneur d'Art Premier, lui propose de monter une galerie à Lille. « J'ai dit oui tout de suite, c'est dans mon caractère, je dis oui et je réfléchis après ». La décision est actée, les deux potes partent à la recherche d'un espace dans le Vieux-Lille, en escapade nocturne. Ils trouvent un lieu, « signent 10 minutes après sans savoir précisément ce qu'on allait faire dedans ». Et ne pouvant s'occuper de la galerie à plein temps, ayant respectivement des boulots conséquents en parallèle, ils débauchent une directrice de galerie pour qu'elle vienne compléter l'équipe.

OX, Speedy Graphito, Jef Aérosol... Quand se pose la question de la programmation de la galerie, Emmanuel est sans appel. Il se recentre sur moins d'expositions, avec une valorisation de la jeune scène française. « Tu ne peux pas toute ta vie être sur le street art, sinon tu as très vite fait le tour ». Revendication de la notion d'esthétisme, il a sans arrêt besoin de se dire qu'il va évoluer intellectuellement tout en soulignant la difficulté d'être une galerie de province. « Il y a de très bons artistes qui sortent de pépinières en province. En revanche pour les faire monter, ça demande un savoir-faire et une énergie considérable ».

La programmation de la galerie est décidée très furtivement, souvent autour d'une bière et d'une assiette. Rarement l'équipe se retrouve derrière un bureau, à décider. L'ambition est que cela reste une partie de plaisir. « Je ne suis pas bon pour les expos collectives, je n'y pense pas, j'ai une passion pour UN artiste et j'ai du mal à sortir des solo shows, c'est un défi pour moi ».

Emmanuel Provost a quarante bureaux un peu partout, mais celui de la galerie est particulier. La galerie, qu'il a ouverte avec François Hacker, est un grand lieu de 150 , avec une hauteur de 4 mètres sous plafond, murs blancs, sols gris. Dedans, du mobilier scandinave des années 1950 : bureau et chaises esthétiques mais moins confortables. Derrière la galerie, une petite pièce de 15  : un « bordel absolu », un côté réconfortant. Portrait réalisé dans le cadre de Galeristes 2016

Expositions

Vincent Fournier, Space Project, 2017
Gaël Davrinche, Fingers in the Nose, 2017
Sébastien Hildebrand & Élodie Wysocki, Humeurs en série, 2016
Jeanne Susplugas, Hypnotic, 2016
Vincent Fournier, Past Forward, 2016
OX, Tout doit disparaître, 2015
Jonone, Blood of Paris, 2014

Artistes

Adrien Belgrand

Mathilde Claebots

Gaël Davrinche

Éleonore Deshayes

Gabriel Folli

Vincent Fournier

Speedy Graphito

Sébastien Hildebrand

JonOne

Ludo

Davide Monaldi

Jeanne Susplugas

Justin Weiler