Galeristes

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Ils sont Galeristes

Informations

La galerie est ouverte
du mardi au samedi, de 11h à 19h

17, rue des Ponchettes
Fr – 06300 Nice
3, place Charles Felix
Fr – 06300 Nice

Portrait par Marc Beyney-Sonier

Galerie Circonstance

Marc : Florence, je préfère vous prévenir, je vous enregistre.

Florence : (Rires) D'accord.

Marc : Commençons, quel âge avez-vous ?

Florence : 48 ans

Marc : Depuis combien de temps êtes-vous galeriste ?

Florence : Depuis septembre 2014, donc deux ans !

Marc : Comment êtes-vous devenue galeriste ?

Florence : J'ai fait une école d'art : la Villa Arson en premier cycle, puis j'ai passé mon Diplôme National d'Art à l'école de Cergy à la fin des années 90. Après, j'ai eu l'occasion de pratiquer mon travail artistique pendant quelques années (bourses, résidences).

Florence : Mais j'ai toujours eu en tête l'idée d'accompagner les artistes plutôt que de continuer à créer moi-même, donc l'idée n'est pas récente. Même le nom de la galerie, la galerie Circonstance, a été choisi avec des amis artistes il y a une quinzaine d'années.
Je ne saurais pas vraiment comment expliquer pourquoi j'ai mis autant de temps à devenir galeriste, c'est peut-être des choix de vie un peu plus personnels? J'ai aussi fait de l'infographie, en créant et éditant des catalogues d'artistes, avant de me décider à ouvrir ma galerie.

Marc : En tant qu'artiste, quelle était votre spécialité ? Quel(s) médium(s) utilisiez-vous ?

Florence : Je faisais des installations temporaires lumineuses, faites à partir de vieux projecteurs de dispositifs bricolés par mes soins. Je créais des espaces immersifs : on pouvait par exemple entrer dans un espace entièrement sombre sans forcément voir apparaître des choses. Ces installations que j'appelais Expérimentations lumineuses étaient temporaires. Aujourd'hui il en existe environ 120 répertoriées.

Marc : Pourquoi Circonstance  ?

Florence : D'abord car j'aime beaucoup sa signification en latin : « se tenir debout et autour des choses ». J'aimais bien le terme « debout », chaque exposition est une circonstance, où on appréhende ce qu'il y a autour de nous.

Marc : Quelle est la ligne éditoriale de la galerie ? Quels sont les artistes que vous cherchez à défendre et à représenter ?

Florence : Ils sont assez nombreux aujourd'hui. J'ai débuté avec des amis très proches, qui avaient énormément d'expérience, comme Michel Blazy et Jean-Luc Blanc. J'ai voulu y associer Karim Ghelloussi, un artiste sculpteur niçois, qui fait un grand travail de marqueterie, que l'on présentera d'ailleurs sur le salon Galeristes. J'aime bien l'idée d'associer des travaux très différents, et de faire le lien en faisant cohabiter et dialoguer les ?uvres. J'essaye de montrer des choses assez différentes durant les expositions collectives, c'est un jonglage délicat mais ça fonctionne plutôt bien depuis deux ans !

Marc : Vous proposez toujours des expositions collectives ?

Florence : Non, je fais des expositions personnelles pour certains artistes de la galerie, afin de les défendre au mieux. Mais c'est vrai que j'éprouve plus de plaisir à créer des expositions collectives, ça apporte quelque chose en plus.

Marc : Comment dénichez vous les artistes que vous représentez ? Par le réseau, le bouche à oreilles, de votre parcours artistique personnel ?

Florence : J'ai commencé par mon réseau d'amis artistes et de connaissances de résidences artistiques. A Marseille j'ai travaillé comme assistante de Michel Blazy, ce qui m'a permis de rencontrer des personnes au Mexique, au Japon? Puis il a fallu faire un choix pour démarrer, les Ateliers de Nice sont par exemple une niche d'artistes excellents et pas forcément représentés. On peut dire que c'est plus par réseau en effet. Mais depuis l'ouverture de la galerie, c'est plus facile, nous recevons énormément de dossiers de candidature.

Marc : D'un aspect plus mercantile, comment avez-vous créé votre réseau de collectionneurs ?

Florence : Mon réseau se crée depuis longtemps. Étant donné que nous avons quatre galeries à Nice, les choses se savent assez vite ! J'avais tout de même quelques connaissances depuis la Villa Arson qui ont fait connaître la galerie et fait venir du monde. Ça s'est fait assez rapidement, beaucoup plus rapidement que ce que j'imaginais d'ailleurs. L'élan a été vif, aussi bien pour les collectionneurs que pour la presse. Et pourtant j'ai une galerie certes bien placée à Nice mais en étage, j'ai été bluffée !

Marc : Quel est le rôle du galeriste aujourd'hui selon vous ?

Florence : D'abord montrer le travail des artistes, essayer de les représenter dans le plus de salons, afin de sortir de notre « petite » région. J'ai très envie que Circonstance devienne une galerie nomade en faisant quelques événements annuels à Nice, dans l'idée de changer de rythme. Si on se met du côté des artistes, je pense que c'est plus facile d'être défendu par quelqu'un que de le faire soi-même.

Marc : Qu'est-ce qui vous a séduit dans la foire Galeristes ?

Florence : J'ai hâte d'y être et de voir comment ça va se passer ! J'aime bien l'idée de voir les choses autrement. Une jeune galerie comme la nôtre, avec les artistes que je représente, n'a pas l'opportunité de faire des foires insensées comme la Fiac, dans lesquelles le marché de l'art est tout autre.
Je pense que Galeristes permettra plus de dialogue. D'ailleurs l'échange que nous avons en ce moment permet de montrer les choses autrement. On a rarement l'occasion de dresser un portrait du galeriste lui-même et de ses envies. Je l'imagine comme un salon beaucoup plus ouvert. Mais peut-être en savez-vous plus ? (rires)

Marc : Vous parliez des envies des galeristes, quelle serait votre envie, que manquerait-il aujourd'hui aux galeristes ?

Florence : des espaces d'échanges et d'expositions, afin de promouvoir d'autres façons de représenter les artistes. J'aime bien le challenge de cet accrochage incongru.

Marc : Vous qui étiez spécialisée dans l'installation, vous limitez au « White Cube » doit-être assez frustrant. Vous auriez peut-être envie de disposer de plus d'espace pour montrer différemment vos artistes ?

Florence : Exactement ! J'essaye d'imaginer mon accrochage et je suis un peu perdue. Je compte le modifier à peu près tous les jours, peut-être même dans la journée, on verra ! J'ai l'impression que cet espace permet de montrer les choses différemment et autrement que dans la galerie.

Marc : Est-ce que vous vous adossez parfois à des institutions ? Vous sentez-vous aidée par des Frac par exemple ? Ou c'est plus du privé et de l'autonomie ?

Florence : Pour l'instant c'est vraiment du privé. On attend la confirmation de l'acquisition d'une pièce de Karim Ghelloussi, c'est un soutient comme un autre. Mais pour le moment pas du tout. Et puis beaucoup d'institutions demandent d'avoir au moins deux ou trois ans d'existence, donc c'est compliqué.