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La galerie est ouverte
sur rendez-vous.

107, boulevard Richard-Lenoir
Fr – 75011 Paris

Portrait par Anaïs Montevecchi

Magnin-A

Rencontrer André Magnin, c'est partir à la découverte d'une personnalité forte, riche et complexe, qui est loin de se résumer à sa profession de galeriste. «Cela fait 45 ans que je m'intéresse à l'art», m'explique-t-il. Je découvre alors son histoire, ses aventures, ses idéaux, ses projets, sa passion toujours intacte pour l'art, sa colère contre l'injustice, les idées reçues et les modes éphémères
Né à Madagascar, d'où il garde ses premiers souvenirs marquants, André Magnin passe ensuite sa jeunesse en Franche-Comté. En 1986, il est présenté au directeur de la Kunsthalle de Berne, Jean-Hubert Martin, qui l'intègre à la préparation de l'exposition qui va révolutionner la conception occidentale de l'art: Magiciens de la Terre. Cette exposition, présentée en 1989 à la Grande Halle de la Villette et au Centre Pompidou, a réuni une centaine d'artistes de différentes cultures, venant des cinq continents. «Avant Magiciens de la Terre, on ne savait rien de la production des deux tiers de la planète », souligne André Magnin.
Le dernier jour de l'exposition, André Magnin rencontre le collectionneur Jean Pigozzi, héritier de la firme automobile Simca, qui est émerveillé par les œuvres qu'il découvre. Jean Pigozzi charge alors André Magnin de composer une collection originale et unique. Après avoir voyagé à travers plusieurs continents pour préparer l'exposition Magiciens de la terre, André Magnin concentre alors ses recherches vers le continent africain, ce territoire immense, qui recèle de pépites artistiques à découvrir. «En Afrique, les artistes ont la liberté de s'inventer.» Sans formation académique établie, la transmission du savoir et des savoirs-faire se fait de manière directe et parfois orale. André Magnin s'insurge d'ailleurs contre l'idée fausse que les artistes africains ne sont pas formés: un artiste autodidacte n'est pas forcément un artiste qui n'est pas formé, il bénéficie de connaissances vernaculaires et spirituelles qui lui ont été transmises autrement, et c'est souvent ce qui fait la force de leurs œuvres.
Au milieu des années 1980, lorsqu'André Magnin débute ses recherches pour constituer la collection Pigozzi, il n'y a pas internet ni les moyens de communication modernes. «Pour trouver les artistes, il fallait traîner dans la rue, aller à leur rencontre.» André Magnin se lance alors dans une vraie aventure humaine, ponctuée de rencontres inoubliables, que ce soit avec les chauffeurs qui l'accompagnent, les artistes ou leurs familles, qu'il côtoie lors de ses innombrables voyages en Afrique.
De 1989 à 2009, il réunit près de 12000 œuvres d'art afin de constituer la première collection dédiée à l'art contemporain de l'Afrique subsaharienne. Depuis 1991, dans un souci de faire partager ses découvertes, il a organisé une soixantaine d'expositions des œuvres de la collection Pigozzi, dans des musées, des centres d'art ou des fondations du monde entier.
Jean Pigozzi et André Magnin ont contribué à faire connaître une trentaine d'artistes tels que Chéri Samba, Malick Sidibé, Romuald Hazoumè, Bodys Isek Kingelez, Frédéric Bruly Bouabré, ou encore Seydou Keïta qui a fait l'objet d'une très belle rétrospective au Grand Palais du 31 mars au 11 juillet dernier.
En 2009, alors qu'André Magnin visite la foire de Bâle, il constate que malgré une reconnaissance critique naissante, aucun des artistes africains de la collection Pigozzi n'est représenté sur la foire.
André Magnin décide de créer une galerie, avec le concours de Philippe Boutté, coordinateur de la collection Pigozzi depuis 1996. Il s'agit alors de «construire un marché pour ces artistes que l'on défendait» explique Philippe Boutté, mais aussi de leur donner les moyens de se développer et de faire évoluer leur pratique. «Je suis devenu marchand par défi», confesse André Magnin. En effet, donner une visibilité et une légitimité économique à des artistes africains alors qu'il n'existe pas de marché pour l'art africain, ni en Afrique, ni en Occident, est un véritable défi à relever.
Depuis 2009, André Magnin et Philippe Boutté accompagnent une trentaine d'artistes majoritairement originaires d'Afrique, à la rencontre des collectionneurs et des institutions, afin de faire connaître leur travail. « Avec l'art africain, vous n'achetez pas un discours, vous achetez une œuvre», explique André Magnin ; «je n'ai jamais été marchand, ce qui m'intéresse plus que la vente, c'est de faire connaître une œuvre à un curieux, lui faire découvrir quelque chose qu'il ne connaît pas. C'est un partage.»
Galeriste, commissaire d'exposition (Récemment, André Magnin a été le commissaire général de l'exposition Beauté Congo (1926-2015) - Congo Kitoko, présentée du 11 juillet 2015 au 10 janvier 2016 à la Fondation Cartier pour l'art contemporain), aventurier, passionné d'art Difficile de faire entrer André Magnin dans une case.
Pourtant son ambition est claire : mettre un peu de passion dans le marché de l'art. Et pourquoi pas un peu de folie aussi? Son projet intitulé 59 PM (59 étant le numéro de la rue où se situent la vitrine et PM, les initiales d'André Magnin et Bernard Prévot, les deux initiateurs du projet) en est un bel exemple. En 2013, André Magnin ouvre avec un ami passionné un espace vitrine, situé en plein cœur du quartier Bruxellois des galeries d'art. Sa particularité? Cette vitrine présente des œuvres de manière anonyme. Au visiteur de passage de remarquer et d'apprécier ou non les œuvres irrégulièrement présentées, lavées de toute convention artistique, sociale ou marchande. Devant cette vitrine qui cherche à «réintroduire de l'enchantement par les œuvres d'artistes connus ou inconnus», c'est au spectateur plus que jamais de faire l'œuvre et de réapprendre à poser un regard neuf, primaire, essentiel sur l'œuvre d'art.
Original, généreux, décalé, ce projet s'inscrit à merveille dans la lignée des défis portés par ce «militant de sa propre liberté», comme André Magnin aime à se définir, et donne envie de connaître le prochain. Portrait réalisé dans le cadre de Galeristes 2016